Grâce au pic de pollution, elle ne voit plus les SDF et n’a plus besoin de faire semblant de ne pas les voir

Depuis ce lundi 5 décembre, Giselle était plutôt contente. Malgré l’apparition de nouvelles difficultés respiratoires, le port obligatoire d’un masque médical, et l’apparition d’irruptions cutanés inexplicables, sa santé mentale était au beau fixe.

En effet, bien que les médias ne cessaient d’évoquer que la pollution était à son apogée sur la capitale, Giselle avait remarqué que ce pic lui permettait de se recentrer sur les bonnes choses. En prenant les transports en commun, elle avait observé des actes de générosité entre les usagers, qui partageaient le même espace, parfois le même siège, afin de permettre à tous de voyager, et dans le but de n’abandonner personne sur le quai.

Ce matin, en rendant visite à son ami Corinne, qui lui avait demandé de lui rapporter son manteau en peau de renard, qu’elle avait négligemment déposé sur un siège lors du vernissage de son cousin Robert, Giselle fut surprise de constater à quel point les franciliens étaient courageux et si peu nombreux. Elle s’engouffra dans le métro en bouchant ses narines avec son écharpe en cachemire, et descendit à Père Lachaise. Elle faillit trébucher dans les escaliers ; elle avait dû toucher quelque chose, mais elle ne savait pas quoi. Peu importe, elle n’était pas tombé et pouvait donc poursuivre sa route.

En traversant le passage clouté, elle se frotta les yeux, mais cela ne changeait rien à cette impression de brouillard intense. Elle ne parvenait pas à distinguer les choses qui vivaient autour d’elle, mais fort heureusement, elle connaissait le chemin par cœur. Elle décida donc de foncer, sans prêter attention à ce qu’elle ne pouvait de toute façon pas voir.

Sans faire exprès, elle écrasa la main d’une enfant qui ramassait des pièces pour son père, mais elle ne l’avait pas vue. Alors Giselle n’avait rien à se reprocher, puisque grâce à ce pic de pollution, Giselle ne voyait désormais plus que le bout de sa péninsule.

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